Mo Hayder L’ange du noir – L’Express

Comment une jolie femme à l’allure si frêle, presque angélique, peut-elle écrire des romans si durs? Comment Mo Hayder – un nom de plume délibérément androgyne – 44 ans à peine, peut-elle concevoir des polars si torturés?

Dans le premier, Birdman, paru en 2000, un maniaque sexuel éventrait ses victimes et les farcissait d’un petit oiseau vivant, avant de recoudre le tout. Publié deux ans plus tard, L’Homme du soir remettait en scène l’inspecteur Jack Caffery pour l’embarquer dans une effroyable histoire de pédophilie. Plus original encore, le scénario de Tokyo, grand prix des Lectrices de Elle en 2006, s’inspirait du massacre de la ville chinoise de Nankin, perpétré par les forces japonaises en 1937.

Et voilà qu’avec Pig Island, son thriller, l’Anglaise imagine les agissements démoniaques d’une secte habitant un îlot perdu, au large des côtes occidentales de l’Ecosse, où le précédent propriétaire élevait des porcs. Entre la rumeur d’une mystérieuse créature, mi-homme, mi-bête, filmée sur l’île par un touriste éméché, et l’odeur pestilentielle de cadavres (d’animaux ou d’humains?) que la mer apporte, un journaliste d’investigation ultracartésien, Joe Oakes, veut en avoir le coeur net. Le lecteur, lui, l’a vite au bord des lèvres, tant Mo Hayder excelle à créer une atmosphère morbide, pesante, incertaine. Ici, le pire semble toujours sûr.

Pas de message, juste divertir
«L’horreur me fascine peut-être parce que, enfant, j’ai été très protégée par ma mère», avance la romancière d’une voix douce. «Mais j’ai quitté mes parents à l’âge de 15 ans et j’ai pas mal roulé ma bosse, multiplié des expériences assez dures.» Autrement dit une jeunesse très sexe, drogue et rock’n’roll, où les excès seront fatals à certains de ses amis. «Ce qui m’a fait comprendre combien la violence et la mort font partie de la vie.» Tour à tour vigile dans un collège de Brixton, où frayaient des dealers, étudiante aux Etats-Unis, hôtesse de bar à Tokyo, Mo Hayder finira par trouver la sérénité dans sa maison de Bath, charmante ville historique proche de Bristol, où elle vit aujourd’hui avec son mari, Keith, et leur petite fille de 5 ans.

Pas question pour autant de retenir son inspiration terrorisante. «Pour Pig Island, j’ai commencé avec le témoignage d’une amie infirmière psychiatrique: elle m’avait parlé d’une malade mentale en proie à un délire sataniste, dont le corps était couvert de cicatrices.» L’expérience d’un oncle, professeur à Cambridge avant de rejoindre un groupe d’illuminés, lui a également servi. «Il était très ami avec l’illusionniste Uri Geller.

J’ai donc grandi en sachant pertinemment ce qu’était une secte. Et je suis sans doute la seule personne que les scientologues n’ont pas voulu convertir!» Pour autant, Mo Hayder se défend de vouloir faire passer un quelconque message. «J’écris d’abord pour divertir. En fait, j’écris ce que j’aimerais lire.» Non sans prendre un malin plaisir à égarer le lecteur. D’où le grand soin qu’elle apporte à la construction de ses livres, machiavélique, souvent à plusieurs voix, étayée par un style à la fois énergique et très personnel. «Je connais la fin dès le début. Je fais en sorte qu’elle remette en question tout ce qui précède. Je voudrais qu’une fois le livre terminé mon lecteur se sente obligé de le relire entièrement à la lumière du dénouement.» De l’art d’éblouir avec des cauchemars… Assurément, Mo Hayder est une rareté.

via Mo Hayder L’ange du noir – L’Express. Par Delphine Peras, publié le 10/05/2007

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